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« Le passé ne meurt jamais complètement pour l’homme. L’homme peut bien l’oublier, mais il le garde toujours en lui ».

 

Cette citation de l’historien français Numa Denis Fustel de Coulanges plante le décor d’une histoire riche en rebondissements. Pont levant, pont levis, pont basculant, pont transbordeur, pont « tout court » ou pont des chantiers, jamais édifice n’aura reçu autant de noms. Lui pourtant, n’en a cure. Depuis 92 ans, semblant surgi de nulle part, il impose sa froide silhouette de métal dans ce paysage bleu de carte postale. A le voir ainsi, indifférent aux vents de la mer qui s’engouffrent dans sa carcasse et impassible des tempêtes qu’il a déchaînées tout au long de son existence, on en viendrait à se demander s’il n’aurait pas une âme. Car peut-être en est-il des monuments comme des êtres : à garder en eux autant de mémoire, n’auraient-ils pas un souffle de vie ? Longtemps pourtant, on a voulu sa mort. Lui n’a jamais été inquiet. Il connaît si bien les hommes. Rouillé ou repeint, peu lui importait : en lui-même, il n’a jamais changé. Il arrive souvent qu’on ne le voit même plus, tant il fait corps avec le paysage. Il le sait et n’en prend nullement ombrage. Car c’est ainsi, on peut passer maintes fois devant lui sans le voir. Un beau jour, sans trop savoir pourquoi, on s’arrête quelques secondes et on le regarde avec des yeux nouveaux. Peu à peu, notre esprit s’envole vers lui et là commence alors le voyage.

 

• Les prémices du Pont

 

Nous sommes en 1835, à l’aube des premiers chantiers de construction navales métalliques. Tôles, plaques de blindage et profilés arrivent à La Seyne depuis le Creusot ou la Lorraine ; une route longue et épuisante pour les hommes et les chevaux. Avant, avec les constructions en bois, il suffisait d’aller dans la forêt de Janas pour y prendre chênes, liège et pins maritimes. Mais le progrès a placé la construction métallique à la première place. En 1859, un évènement va changer le cours des choses : l’arrivée du chemin de fer. Les matériaux arrivent alors en gare de La Seyne et sont transportés jusqu’aux chantiers, devenus depuis 1856, la Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée. La ville résonne des attelages de fardiers avançant avec peine sur les pavés du port. Bêtes et hommes, suent sang et eau pour transporter l’acier et le bronze dans un bruit étourdissant de ferraille et de claquements de fouets. 60 ans vont passer. Au fil du temps, des embouteillages se sont formés, et une idée a jailli : il faut désengorger la ville et faciliter l’approvisionnement des chantiers. Le pont des chantiers va bientôt faire son entrée.

 

1917, premiers essais

 

Philippe Martin se demandera de quelles articulations il s’agit : de celles du pont ou de celles d’un des ouvriers présents ? Malgré ses articulations qui grincent, le pont des chantiers est installé. Il va rester debout contre vents et marées, au beau milieu des « titans » qu’il dépassera en gloire. Pourtant, sa glorieuse carrière démarre plutôt mal. Le 17 mai 1917, un défaut de fonctionnement l’empêche de se relever. Philippe Martin, ancien employé des Chantiers navals, se souvient : « Avec la grue Atlas, on transbordait les bateaux à vapeur, car le pont était bloqué en bas ». Pour la plus grande joie des badauds… Pour Alex Passetchnik, lui aussi ancien employé des Chantiers : « Le pont était souvent en réparation. Mais on sortait de la guerre et on n’était pas encore capable de pouvoir faire marcher 500 tonnes comme ça d’un coup. On tâtonnait».

 

Fin des chantiers

 

L’histoire du Pont est, depuis sa naissance, liée à la vie des chantiers. Il a assisté aux lancements des plus beaux bateaux construits sur le site, connu les revendications des ouvriers en colère et s’est même vu coiffé de drapeaux rouges, les jours de grandes grèves (1966, 1984 et 1986). Hélas, la mondialisation et la délocalisation de la construction navale ont fini par avoir raison de l’activité des chantiers. 14 juillet 1986 : Philippe Martin l’actionne une fois encore pour le feu d’artifice; le 2 octobre 1986, il est baissé pour la dernière fois, lors d’une manifestation syndicale, 3 ans avant la fermeture totale du site. La fin des chantiers aurait pu le condamner lui aussi. Pourtant quelqu’un va tout mettre en œuvre pour le sauver. En le faisant inscrire sur la liste supplémentaire des Monuments historiques, Marc Quiviger, alors adjoint à la culture sous Charles Scaglia, va lui éviter une destruction certaine. Le 3 novembre 1987, le pont est inscrit et protégé : « La restauration de ce pont est tout un symbole, c’est une renaissance et je suis très content et très fier de l’avoir fait pour le patrimoine seynois. Quelle que soit notre couleur politique, notre point commun c’est notre passé et notre avenir. Alors, respolito ! ». ( renaissance). Aujourd’hui, Marc Quiviger pense qu’il aurait pu demander davantage : « Je regrette de n’avoir pas été assez hardi. J’aurais pu demander le classement aux Monuments Historiques ». La différence entre l’inscription et le classement est le niveau de protection et le financement de l’Etat. Un pont classé obtient des subventions plus importantes et son lot de contraintes.

 

Réhabilitation du Pont

 

Il aura fallu 2 ans de travaux et 8 entreprises pour venir à bout de la rénovation du Pont.

Gilbert Plumet, maître d'œuvre et mandataire du chantier : « C'est un chantier qui a eu beaucoup de difficultés car ce n’est pas un ouvrage classique. Nous avons dû faire face à des soucis au niveau du sol, des intempéries, et nous avons pris du retard ».
Séduit par ce pont et par sa construction, il ajoute : «Sa construction est une belle réalisation : elle supportait un train qui lui-même supportait de l'acier. C'est un système extraordinaire ».

Même avis de la part de Bernard Fournié-Eche, l’architecte des Bâtiments de France qui veille sur lui : « Je l’ai toujours trouvé intéressant, de par son intérêt historique, mais aussi esthétique ». Le pont étant inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, tout ce qui concerne sa rénovation doit se faire avec son accord. « Un projet volontairement simple et épuré pour ne pas dénaturer l’esthétique de la structure métallique, une conception unique ». Le pont a été entièrement rénové et stabilisé en position verticale pour le rendre accessible au public, les structures du quai ont été renforcées et le site sécurisé.

C’est la Préfecture du Var, dans son arrêté du 2 mai 1913, qui a imposé les caractéristiques techniques pour la construction du pont.

 

Les travaux

 

8 entreprises ont travaillé à la rénovation du Pont.
Vu les difficultés à superposer les tâches, une à deux entreprises ont pu travailler simultanément.

- Confortement des quais 
Fonçage des palplanches et couronnement du quai en pierre
- Reprise des fondations 
Mise en oeuvre des micropieux
Fondations du pont : 24 micropieux battus jusqu'à 16 m de profondeur (seulement 17 micropieux mis en oeuvre
avant l'intervention de la CCIV).
Fondations de la cage d'ascenseur : 4 micropieux
Fondations des escaliers : 6 micropieux

- Intervention de la CCIV sur le quai du 19 mars 62
- Achèvement des fondations
- Modification de la structure métallique
- Echafaudage et coconage
- Décapage
- Mise en peinture (couleur : gris)
- Mise en place des escaliers
- Menuiserie et miroiterie
- Mise en place de l'ascenseur
- Electricité, climatisation, chauffage, plomberie
- Mise en lumière du pont

 

 

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