Depuis les remparts du fort, le paysage paraît immuable. Pourtant, il a profondément évolué au fil des siècles. Avant la formation de l’isthme des Sablettes, Saint-Mandrier était encore une île, séparée du continent par la mer. Dès la fin du XVIème siècle, les courants marins et les apports de sable contribuèrent progressivement à former l’isthme des Sablettes, reliant l’ancienne île de Saint-Mandrier au continent.
À la même époque, la France cherche à mieux protéger son grand port militaire méditerranéen. La Tour Royale de Toulon, construite sous Louis XII au début du XVIème siècle, ne suffit plus à verrouiller seule l’entrée de la rade. La distance entre les deux rives dépasse la portée efficace des canons de l’époque. Sur ordre de Richelieu, la tour de Balaguier est alors édifiée en 1636 afin de croiser ses tirs avec ceux de la Tour Royale et de fermer l’accès de la petite rade aux flottes ennemies. Elle devient l’une des pièces maîtresses du système défensif toulonnais.
Le Lazaret, gardien sanitaire de la rade
Face au fort s’étend la baie du Lazaret. Son nom rappelle une autre mission essentielle de la rade : la lutte contre les épidémies. Durant plusieurs siècles, les navires arrivant du Levant, d’Afrique du Nord ou d’autres régions touchées par des maladies contagieuses devaient observer une quarantaine avant d’accéder au port de Toulon. Équipages, passagers et marchandises étaient isolés dans des installations sanitaires destinées à protéger l’arsenal et la population locale.
Bien avant les préoccupations modernes de santé publique, la rade de Toulon était déjà un territoire où défense militaire et protection sanitaire allaient de pair.
Quand les marins rapportaient des plantes du bout du monde
Les navires de la Marine ne revenaient cependant pas seulement avec des marchandises ou des récits de voyage. À leur bord voyageaient aussi des graines, des boutures et des plantes inconnues en Provence. Les médecins, pharmaciens et botanistes de la Marine s’intéressent alors à leurs propriétés médicinales, alimentaires ou industrielles.
Cette activité conduit à la création d’un jardin botanique de la Marine à Saint-Mandrier au milieu du XIXème siècle, à proximité de l’hôpital maritime. Véritable laboratoire à ciel ouvert, il accueille des espèces venues d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique. Le botaniste Justin-Benjamin Chabaud, y introduit notamment de nombreux palmiers et cycas. Le jardin disparaîtra en 1884, mais il laissera une empreinte durable dans l’histoire scientifique locale.
George Sand fascinée par la nature de Tamaris
Cette richesse végétale n’avait pas échappé à George Sand lors de son séjour à Tamaris en 1861.
L’écrivaine découvre alors un littoral encore largement sauvage, bien loin de la station balnéaire qui naîtra quelques années plus tard sous l’impulsion de Michel Pacha. Passionnée de botanique, elle parcourt les environs et consigne avec minutie ses observations sur la flore méditerranéenne.
À ses côtés, son fils, Maurice Sand, partage cette curiosité pour le monde vivant. Dessinateur et naturaliste, il réalise de nombreux croquis et nourrit une passion particulière pour les insectes et les papillons. Leurs observations contribueront à nourrir le roman Tamaris, publié l’année suivante.
George Sand regrettait d’ailleurs que la botanique ne soit pas davantage enseignée aux jeunes filles de son époque. Elle y voyait une science accessible, formatrice et propice à l’observation du monde.
Un jardin entre mémoire et voyage
Créé dans l’enceinte du fort, le jardin botanique de Balaguier s’inscrit aujourd’hui dans cette longue histoire. Les différentes collections évoquent les grandes expéditions maritimes et le rôle joué par la Marine dans la circulation des plantes à travers le monde.
Plantes médicinales, aromatiques, alimentaires, industrielles ou ornementales rappellent ainsi que les ports furent aussi des lieux d’échanges scientifiques. Derrière les remparts construits pour défendre la rade se cache une autre aventure : celle des botanistes, des médecins et des marins qui ont contribué à enrichir les paysages méditerranéens de végétaux venus des quatre coins du globe.
Une histoire discrète mais passionnante, que cette visite guidée a permis de redécouvrir au fil des allées du jardin.





