
« En 1994, , la pauvreté était perçue comme conjoncturelle, nécessitant solidarité collective et protection sociale. En 2024, les personnes en précarité sont trop souvent stigmatisées et assimilées à des “assistés”. Pourtant la pauvreté est devenue structurelle et ce discours ignore la complexité de la réalité et accentue les fractures de notre société. » Ce « changement de regard inquiétant », que pointe le Secours catholique, est l’un des enseignements du dernier rapport publié par l’association. Et cette année 2025, l’analyse est fondée sur des données recueillies durant ces trois dernières décennies auprès des 2,7 millions de ménages accueillis, et alors que le taux de pauvreté, qui était resté à peu près stable (autour de 14,5 % au niveau national) pendant un quart de siècle, a bondi d’un point en 2023.

Cette fin novembre, Jean-Michel Permingeat, président de la délégation départementale du Secours catholique et Delphine Déchance, qui en est la déléguée ont dévoilé le contenu du rapport à La Seyne-sur-Mer, dans les locaux de l’association situés 8 rue Evenos.
« La pauvreté n’est pas un choix »
Il apparaît ainsi que « la pauvreté touche désormais massivement les jeunes, les travailleurs précaires, les familles monoparentales et les femmes seules. » L’augmentation de la part des femmes est observée aussi bien au niveau national (56 % en 2024) qu’à l’échelle du département, de même que celle des enfants (39%).
« La pauvreté n’est pas un choix », martèle Jean-Michel Permingeat. Les statistiques montrent en effet, relève-t-il, « une pauvreté davantage liée à des accidents de santé et à des situations de handicap, avec une santé souvent dégradée suite à un problème dans l’emploi ». De plus, ajoute le président de la délégation du Var : « Le fait d’avoir un emploi ne protège plus de la pauvreté en raison de la progression des temps partiels, des faibles niveaux de salaire, d’une offre plus précaire… »
À La Seyne : 31,3 % des personnes accueillies sont des hommes seuls ; 43,8 % de femmes seules. Leur âge médian est de 52 ans, contre 48 ans pour le Var, ce qui peut s’expliquer, selon Delphine Déchance, par la présence d’autres associations intervenant sur le champ de la solidarité.
Grande cause nationale 2027 ?
En réponse, Jean-Michel Permingeat déplore « un discours de critique des pauvres de la part des pouvoirs publics et toujours plus de conditions pour limiter les droits sociaux ». Alors qu’il est démontré, assure-t-il, « qu’une politique volontariste produit des effets mesurables » en termes de recul de la pauvreté. « C’est pourquoi, au Secours catholique nous défendons le projet d’une société solidaire et préconisons de faire de la lutte contre la pauvreté la Grande cause nationale 2027 », martèle le président de la délégation du Var. Il est selon lui impératif de « ré-insuffler de de la fraternité dans nos relations et nos politiques face à une économie libérale et mondialisée, et à la recherche de l’enrichissement personnel au détriment de la solidarité. Or nous avons pu constater, au niveau de la fiscalité, par exemple, que le ruissellement ne s’est pas passé ». Le Secours catholique milite également pour « un revenu social universel qui regroupe l’ensemble des prestations sociales ».
Témoignages
Joséphine, 87 ans, à la fois bénévole, depuis 20 ans, et accueillie depuis une quinzaine d’années : « J’ai toujours eu de petits revenus, et à l’époque ils n’étaient pas déclarés. Puis j’ai dû être opérée du dos, je ne pouvais plus travailler. J’ai beaucoup pleuré parce que j’avais honte. Mais ici, j’ai trouvé tellement de chaleur, ça m’apporte une vie sociale et ça me permet d’avoir un meilleur moral. »
Marie-Louise et Isabelle, bénévoles à La Seyne : « Ici, on créé des liens, on balaie les idées reçues qui enlèvent toute dignité aux personnes pauvres. Dans la vie tout peut basculer tellement vite ! Il ne faut avoir d’ a priori. »
Sabine, référente des permanences de solidarité à La Seyne : « Je suis bénévole depuis 15 ans. Quand j’ai pris ma retraite, j’avais besoin d’essayer d’aider humblement. Nous avons quelques réussites : je pense à un jeune Syrien qui ne baragouinait que quelques mots de français et qui est devenu aide soignant. Les personnes nous sont très souvent adressées par des assistantes sociales. À La Seyne, nous recevons en moyenne six familles par semaine, pour une aide alimentaire ou financière pour régler les factures d’électricité, d’eau, les loyers… Au dessus de 8 euros de reste à vivre par jour, on pense qu’on peut s’en sortir, mais malheureusement, il est très fréquent que les familles soient à 0 euro. Les personnes se trouvent souvent dans cette situation à cause d’accidents de la vie, certaines ont des problèmes d’addiction, de fragilité psychologique… Ou bien parce qu’elles arrivent en fin de droit au chômage ou qu’elles sont en rupture de droit, par exemple dans l’attente du versement d’une Allocation Adulte handicapé ou d’une retraite. »
Repères
Le Secours catholique dans le Var, ce sont :
- 28 équipes
- 530 bénévoles
- + de 5 000 personnes accompagnées pour des aides alimentaires ou financières.
- Différentes actions menées, notamment à La Seyne-sur-Mer (8 rue Evenos) : les permanences Solidarité, un accueil convivial, un accompagnement numérique, du soutien scolaire, des ateliers d’expression artistiques et des sorties culturelles, un pôle Mineurs non accompagnés avec des cours de Français langue étrangère, une boutique solidaire et des paniers solidaires (ouverts à un public mixte)…
À noter…
Le Secours catholique lance sa campagne de dons de fin d’année ainsi qu’un appel à devenir bénévole.
- Rendez-vous sur le site Internet du Secours catholique (ici).
- Contact : Secours catholique du Var (Toulon) 04 94 89 72 00/var@secours-catholique.org ; La Seyne 04 98 03 73 94/laseyne.830@secours-catholique.org








