« Honorer la mémoire des victimes du massacre du 5 juillet 1962 à Oran et perpétuer le souvenir de tous ceux qui ont souffert des tragiques événements qui ont accompagné la fin de la présence française en Algérie. » Le maire Dorian Munoz a commémoré, ce dimanche 5 juillet, le 64ème anniversaire du massacre d’Oran aux côtés, notamment, de Gilbert Perea, président de la Maison des Rapatriés, et Pierre Scotto, son président d’honneur. Devant la stèle des rapatriés d’Afrique du Nord, au cimetière central, place du Souvenir français, le premier magistrat a remercié ces derniers pour « leur engagement constant en faveur de la transmission de la mémoire des Français d’Algérie ».
L’allocution prononcée par le maire de La Seyne-sur-Mer, Dorian Munoz, lors de la cérémonie :
« Le 19 mars 1962, à midi, le cessez-le-feu est proclamé en Algérie après plus de sept années d’un conflit douloureux. Beaucoup espèrent alors le retour de la paix. Pourtant, pour de nombreux Français d’Algérie, le pire restait à venir.
Le 5 juillet 1962, jour de la proclamation officielle de l’indépendance algérienne, une tragédie se joue à Oran. Alors que les festivités battent leur plein, la ville bascule dans l’horreur. Des Européens sont traqués, agressés, enlevés et assassinés. Une véritable chasse à l’homme s’organise dans plusieurs quartiers. Des familles entières sont frappées par la violence. Des centaines de personnes trouvent la mort ou disparaissent à jamais.
Ce drame constitue l’un des épisodes les plus tragiques de la fin de la guerre d’Algérie. Il provoque un exode massif et précipite le départ de centaines de milliers de Français d’Algérie qui abandonnent, souvent dans la douleur, la terre où ils étaient nés.
Nous devons aujourd’hui regarder cette page de notre histoire avec lucidité.
Je veux ici distinguer, Charles de Gaulle, l’homme du 18 Juin, le chef de la France libre et le grand serviteur de l’État, que je respecte profondément… du responsable politique qui a conduit la politique algérienne de la France à son terme.
Nombreux sont ceux qui ont vécu comme une trahison les engagements pris, puis abandonnés. Beaucoup n’ont jamais oublié le “Je vous ai compris” prononcé à Alger le 4 juin 1958. Beaucoup ont également considéré que l’abandon de l’Algérie française s’est accompagné d’un renoncement à protéger ceux qui avaient fait confiance à la France.
Le 5 juillet 1962 demeure à cet égard une blessure ouverte.
Alors que près de 18 000 soldats français étaient encore présents à Oran, ils ne reçurent pas l’ordre d’intervenir durant plusieurs heures. Cette inaction continue aujourd’hui d’interroger les historiens, les familles des victimes et tous ceux qui cherchent à comprendre les responsabilités de cette journée tragique.
Pour autant, au milieu de cette folie meurtrière, il est juste de rappeler que de nombreux algériens sauvèrent des Européens, cachèrent des familles, protégèrent des voisins ou firent libérer des prisonniers. Leur courage et leur humanité méritent également notre reconnaissance.
Notre devoir est de rendre hommage à toutes les victimes innocentes, quelles que soient leurs origines ou leurs croyances.
C’est pourquoi je réaffirme aujourd’hui une proposition que j’avais formulée lors de la dernière campagne électorale : celle de débaptiser le quai du “19 mars 1962”.
Pour beaucoup de familles de rapatriés, cette date ne marque pas la fin des souffrances mais le début d’une période de violences, de disparitions et d’exodes. Elle ne peut donc constituer un symbole consensuel de paix et de réconciliation.
Comme l’avait déclaré François Mitterrand le 24 septembre 1981 : “Le 19 mars ne peut pas être la date pour célébrer les victimes de la guerre d’Algérie.”
C’est pourquoi je proposerai au Conseil municipal, à l’automne prochain, une nouvelle dénomination : “Quai de l’Algérie française 1830 – 1962 Aux victimes chrétiennes, juives et musulmanes”
Cette proposition vise à rendre hommage à toutes les victimes, sans distinction, à toutes celles et ceux qui ont vécu, travaillé, construit et parfois donné leur vie sur cette terre d’Algérie.
Parce que la mémoire ne doit jamais opposer les souffrances mais les reconnaître.
Parce que l’histoire ne doit jamais être effacée mais transmise.
Parce qu’aucune victime innocente ne doit être oubliée.
Pour tous les morts, pour tous les disparus, pour tous les martyrs chrétiens, juifs et musulmans, je vous demande à présent de bien vouloir observer une minute de recueillement. »





