Sur deux restanques inondées de soleil en contrebas de la bastide, les écogardes viennent de réaliser un verger d’agrumes et un jardin extraordinaire où éclosent déjà les premières pousses. « Ici, nous avons planté des violettes car c’est un héritage historique du domaine, explique Judith Clerc, écogarde. Autrefois, on y plantait cette fleur qui était très à la mode. »
Un peu d’histoire
En effet, jusqu’en 1924 (date de la vente du domaine à la Société hôtelière et immobilière Paris Provence), les familles Jaubert et Pellicot ont exploité un domaine qui était couvert de vignes, bois, arbres fruitiers, cultures maraîchères et fleurs. En 1950, le site devient un camping qui s’étale sur des terrasses agricoles délaissées. Livré à lui-même depuis les années 70, le domaine qui comprend une bastide et 45 hectares de terre, est acquis en 2002 par le Conseil général du Var. Pour sauvegarder le site de la bétonisation, le Conservatoire du littoral l’achète en 2011. S’en suivent trois années de remise en état. Et, en 2014, le domaine redevient une exploitation agricole sur près de 4 hectares, exploitée par Bruno Oberti avec l’aide des écogardes. Il est ouvert au public tous les jours et, une vente des produits en direct est organisée tous les mercredis de 16h à 19h en été et, de 14h à 19h en hiver, ainsi que les samedis de 9h 12h (182 chemin de Fabrégas aux Moulières). Parallèlement les écogardes de la Métropole, sur une idée de Jean-Pierre Viguier désormais à la retraite, ont initié un projet pédagogique agricole porté par Antoine Sabatier, référent technique du Domaine, Judith Clerc, Frédéric Léopold et Baptiste Guglieri.
La pistache : un marché prometteur

C’est ainsi que domaine de Fabrégas a bénéficié d’une réhabilitation et d’une mutation profondes sous les actions du Conservatoire du littoral et de la Ville de La Seyne-sur-Mer.
« Je suis très heureuse de voir l’agriculture littorale se développer sur ce site préservé, se réjouit Christine Sinquin, première adjointe, car l’activité agricole est devenue rare sur nos territoires très convoités. Les plantations réalisées ont privilégié deux axes. D‘une part les cultures patrimoniales telles que la violette qui partait en bouquets vers la Capitale depuis le domaine de Fabrégas, mais aussi les agrumes qui y étaient traditionnellement cultivés grâce à la douceur du climat méditerranéen. Et d’autre part, des projets plus innovants tels que la culture du pistachier, une plante du maquis particulièrement bien adaptée à la sécheresse. La culture de la pistache est relancée en Provence car elle offre un marché prometteur. Nous importons en effet la totalité des pistaches consommées sur le territoire national à savoir environ 8 000 tonnes par an.
La ressource en eau reste un élément déterminant de réflexion sur les cultures à mettre en place sur ce site, mais les plantations arboricoles sont une réponse intéressante pour préserver les sols de l’érosion. »
« Make Fabrégas great again »
Afin d’expérimenter des cultures plus adaptées au bouleversement climatique en cours, 24 pistachiers ont été plantés au domaine, « offerts par la direction du Jardin remarquable du Baudouvin à La Valette », précise Judith Clerc. S’ajoutent 14 arbres à agrumes (citrons, pomelos, bigaradiers, oranges douces et kumquats). Sur une autre parcelle fleurissent déjà les premières violettes plantées au côté de plantes aromatiques et médicinales (thym, fenouil, sauge, lavande…). « L’objectif est de remettre en état une restanque par an d’ici 2030 », annonce Fabrice Comba, responsable des Espaces naturels du secteur ouest. « Pour toute l’équipe, la devise est désormais « Make Fabrégas great again », assurent les écogardes avec un brin d’humour.
Espaces pédagogiques

Ce verger d’agrumes et de pistachiers ainsi que ce jardin de plantes extraordinaires réalisés cet hiver sur deux planches de culture en jachère, a coûté la somme de 14 982€ TTC, masse salariale comprise. Un investissement minime au regard de la qualité des résultats obtenus et des perspectives à venir. Sans compter que ces deux espaces seront utilisés comme un espace pédagogique.
« Il nous est apparu nécessaire d’enrichir les supports pédagogiques relatifs aux pollinisateurs, aux nichoirs, aux métiers des écogardes, aux plumes d’oiseaux…, dans la perspective de renforcer la transmission des savoirs auprès d’un public toujours plus nombreux à fréquenter le site », explique Fabrice Comba.
Préserver la ressource en eau
C’est dans ce contexte qu’a émergé le projet de restauration de l’identité agricole du site. Car s’ajoutent à la réhabilitation de ces deux restanques, la préservation d’une friche dédiée à la biodiversité, visant à favoriser les habitats naturels et à développer des actions d’observation ornithologique et, l’intégration au système d’arrosage (avec sondes hygrométriques connectées à une mini-station météorologique), permettant d’ajuster l’irrigation au plus près des besoins réels des végétaux. Ce système est à ce jour expérimental. Dans un but de limiter l’utilisation de la ressource en eau, ce projet ambitieux, conçu pour s’inscrire dans la durée et anticiper les évolutions futures, a été porté par un engagement fort de l’équipe en charge du domaine.
Le printemps méditerranéen va bientôt pointer le bout de son nez, l’occasion rêvée de visiter Fabrégas et de profiter de ce domaine qui n’est pas si figé dans le temps que sa bastide le laisse entendre. Un coin de nature préservé, entre la mer et le cap Sicié, animé par une équipe de passionnés qui innovent pour une agriculture durable et responsable.








