“Je tisse comme je respire”, une exposition d’Andréa Kertès

Le 30 avril dernier, la salle d’exposition La Galerie, place Perrin, accueillait le vernissage de l’exposition “Je tisse comme je respire”, d’Andrea Kertès. L’adjoint à la culture, Dominique Baviera, a accueilli l’artiste avant que ne se tienne une performance dansée de la compagnie Artmacadam. A retrouver jusqu’au samedi 21 mai, les mercredis de 9h30 à 12h et de 13h30 à 16h et les jeudis de 13h à 18h.

Je tisse comme je respire

Il y a quelque chose d’étrange ici.. Les questions se posent..
Pourquoi s’évertuer à pratiquer un art si peu connu, si peu appréhendé, si long et lent à exécuter ?
Pourquoi cet acharnement, cette obsession ?

Effectivement, depuis plus de quarante ans, une force intérieur me pousse à tisser, inlassablement
Tantôt de grandes tailles, ou de formats kakemono, les longs et étroits, qui dansent et
volètent dans le vent, quand on les expose dans la nature, sur des arbres…
Tantôt de petits formats, environ de la taille des cartes postales, où « j’écris » ma petite poésie
urbaine, des associations de mots imaginaires, une écriture tissée avec des polices de caractères,
et les couleurs les plus appropriées possibles à mon propos.
Il m’est difficile de comprimer en quelques lignes l’étrange parcours qui m’a amené jusqu’ici,
dans cette salle d’exposition, galerie de la Ville de la Seyne-sur-Mer.
J’ai déjà eu l’occasion d’exposer à la Maison du Cygne ou à la Batterie du Cap Nègre.

Actuellement, et depuis 5 ans, je suis modèle vivant à l’école de Beaux-Arts de la Seyne.
Comment suis-je arrivée à cette étape fort curieuse de ma vie ?
Je suis une femme de grands contrastes, de grands écarts, qui sont reliés par un fil, visible ou
invisible. Pour des raisons obscures, quand j’étais enfant, puis jeune fille, il m’était interdit
de danser. Par contre, toute activité relevant de l’art plastique, m’était bien recommandée.
Ainsi, je me suis retrouvée, avec plaisir, il faut dire, dans une École d’Art à Budapest, puis
aux ateliers des Gobelins, dans cette même ville. Il s’agissait d’une formation minutieuse,
à la hauteur des exigences professionnelles de l’ancienne Europe de l’Est .

En ayant cette technique dans mes doigts agiles, quelque années plus tard, déjà en France, à Paris,
j’ai intégré l’atelier d’une grande artiste américaine, Sheila Hicks, dans sa demeure fantastique du
sixième arrondissement de Paris.

Puis j’ai rencontré une famille, qui m’a donné des ailes pour démarrer mon propre travail
de créatrice, mon travail tissé, ce laboratoire de recherche artistique. Ils étaient mes mécènes

pendant plusieurs années, environ de 1984 à 87. Merci et gratitude !

En juin 2007, ma vie et mes choix m’ont amené à Toulon, près de la mer.

La danse est revenue dans ma vie, peu à peu, heureusement !
Autour de la cinquantaine, j’ai participé à plusieurs ateliers de Régine Chopinot, à Châteauvallon.
Auprès d’elle, j’ai eu cette belle opportunité de rencontrer beaucoup de danseurs et chorégraphes
de la région.
Le fait de danser et de côtoyer autant de danseurs, a voluptueusement nourri mon imaginaire
de danseuse immobile, car c’est ainsi que je considère mon travail de modèle vivant.

Je pratique plusieurs activités, qui sont en grande harmonie, qui se nourrissent et s’interpénètrent.
Déjà, régulièrement, je tisse des danseurs, ou des figures dansantes, alors autant danser avec
mes tapisseries, directement !
Donc, quel bonheur, après avoir tant cherché, avoir enfin trouvé une jeune compagnie de danse
contemporaine, dont les membres ont exprimé leur joie et leur belle volonté de danser avec elles.

Un autre aspect de ma vie de grands contrastes, est ma façon de tisser en totale improvisation,
mais basé sur une technique acquise et expérimentée sur quatre décennies. Mes désirs du début,
c’était de devenir virtuose de cette technique. De pouvoir tisser toute forme, toute ligne, toute
nuance. Et de me détacher des cartons, ou de plans, et d’évoluer juste avec la matière qui me
porte. Nous y sommes, aux contrastes : construction rigoureuse et liberté totale !
L’exploration dynamique du temps suspendu..
On n’entend pas la forêt qui pousse. On voit à peine l’évolution de la tapisserie qui monte,
centimètre par centimètre.
Et, j’espère que vous apprécierez cette douce et silencieuse forêt de tapisseries !

Andréa Kertès

A retrouver jusqu’au samedi 21 mai, les mercredis de 9h30 à 12h et de 13h30 à 16h et les jeudis de 13h à 18h.
Dernière chorégraphie d’Artmacadam samedi 21 mai à 18h
Visite possible sur rendez-vous au 06 22 61 88 66

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