Jean-Joseph Tortel, un Seynois héros de l’indépendance chilienne

Le 17 novembre dernier, l’Institut Sainte-Marie recevait une conférence de Patrick Puigmal et Marc Turrel, président et vice-président de la fondation des Napoléoniens du Chili. L’occasion de rappeler l’épopée sud-américaine du Seynois Jean-Joseph Tortel, corsaire puis capitaine de la marine chilienne au début du XIXe siècle.

Stéphane Lancellotta et Marie-Claude Paganelli Argiolas

« Comme Beaussier et Cavaillon, le nom de Tortel évoque l’un des plus vieux quartiers de La Seyne ». En préambule à la conférence, l’adjointe au patrimoine Marie-Claude Paganelli-Argiolas* a rappelé que la famille Tortel, dès le XIVe siècle, avait donné son nom à la zone basse impaludée « qui allait à l’époque des Mouissèques à Brégaillon », précise Patrick Puigmal. L’historien et professeur, par ailleurs président de la fondation des Napoléoniens du Chili, poursuit : « Ce n’est qu’à la fin du XVIIe siècle que Pierre Tortel, charpentier de marine et capitaine de vaisseau, entreprend d’assécher les paluds pour y bâtir les premières maisons ».

Patrick Puigmal, historien et président de la fondation des Napoléoniens du Chili

À la Révolution française, l’un de ses descendants, Jean-Joseph Tortel, né à La Seyne en 1772, s’illustre. « Ce jeune officier de la marine royale intègre la marine républicaine. Mais ses positions fédéralistes le conduiront à rejoindre en 1793 la flotte anglo-espagnole lors du siège de Toulon », raconte Patrick Puigmal. Ironie de l’histoire, la paix de 1795 place la flotte espagnole sous influence française. « Il devient alors pilote de vaisseau à Valparaiso (Chili) mais quitte l’uniforme pour devenir corsaire ». A la tête de trois corvettes, Jean-Joseph Tortel œuvre au service des indépendantistes chiliens, empéchant les espagnols de toucher terre : « Depuis la défaite de Trafalgar en 1805, la flotte espagnole a moins de moyens pour contrôler son empire sud-américain. Et à partir de 1815, plus de 300 officiers napoléoniens démobilisés (voir par ailleurs) rejoignent l’armée des Andes pour libérer le Chili », précise Marc Turrel, vice-président de la fondation des Napoléoniens du Chili.

Le buste de Jean-Joseph Tortel, dans le village de Caleta Tortel

A l’indépendance, en 1818, Jean-Joseph Tortel, colonel d’artillerie dans cette armée, devient le commandant général de la marine chilienne qu’il organise. « Aux côtés de l’écossais Lord Cochrane, il protège efficacement jusqu’en 1830 le littoral des tentatives de débarquement espagnoles. »

Toutefois, à la fin de la guerre civile, après la victoire des conservateurs sur les libéraux qu’il soutenait, il est définitivement écarté de la flotte chilienne. Il se retire alors à Valparaiso, où il s’éteint en 1842.

* On notait également la présence de Stéphane Lancellotta, adjoint délégué au jumelage, représentant le maire, Joseph Minniti.

De Waterloo à l’indépendance chilienne

Première escadre chilienne en 1818

De la défaite de Waterloo en 1815 à l’indépendance du Chili en 1818, trois années voient émigrer plus de 300 officiers napoléoniens démobilisés. « Ils sont français, mais également belges, italiens, suisses ou polonais. Âgés d’à peine 25 ans, tous ont fréquenté les lycées napoléoniens où les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité leur ont fait préférer la république à la monarchie », souligne l’historien Patrick Puigmal. A cela s’ajoute la haine tenace entre Espagnols et Français, déclenchée par les invasions napoléoniennes, sans oublier une campagne de presse en faveur des mouvements insurrectionnels du vénézuélien Simon Bolivar et de l’argentin José de San Martín. Voilà pourquoi la plupart des officiers de ces nouveaux pays sont, alors, issus de la Grande Armée de Napoléon.

Caleta Tortel, un village de la Patagonie chilienne

Marc Turrel, vice-président de la Fondation des Napoléoniens

A plus de 11 000 kilomètres de La Seyne, enclavé entre l’océan Pacifique et le sud de la cordillère des Andes, le petit village de Caleta Tortel en Patagonie chilienne porte depuis 1955 le nom de Jean-Joseph Tortel. « Il s’agit de l’étape la plus australe de la route des Napoléoniens**. En mai 2025, plus de 200 villageois ont assisté à la remise d’une plaque célébrant des 70 ans de la création de leur commune », indique Marc Turrel, vice-président de la Fondation des Napoléoniens.

A noter que le village de Caleta Tortel est devenue “Ville amie” de La Seyne-sur-Mer en 2011.

** En 2022, la Fondation des Napoléoniens crée avec le soutien du ministère des Armées et de l’ambassade de France au Chili la Route des Napoléoniens. De l’île de Chiloé à Montevideo, cette dernière commémore les 26 batailles ayant opposé les indépendantistes chiliens au Royaume d’Espagne. Plus d’infos sur www.napoleonicos.cl
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