Les « Mousquefers* » au chevet du Laborieux

Depuis le printemps 2021, Seynois et touristes voient s’affairer au pied du fort de Balaguier une dizaine de personnes en bleu de travail autour du Laborieux, le dernier remorqueur des Chantiers navals en service jusqu’à leur fermeture à la fin des années 80.

Plus qu’un navire, c’est le symbole du passé industriel de la Ville qui en est propriétaire depuis 1992. A la fois patrimoine commun et mémoire intime pour celles et ceux qui ont travaillé dans l’industrie navale ou leurs proches, il ne peut laisser indifférent. Réalisé en 1946 par les apprentis du charpentage des Forges et Chantiers de la Méditerranée, il remplaçait un antique remorqueur à vapeur, l’Utile. Il fut entièrement réalisé en métal soudé à l’arc, une innovation à l’époque. Long d’une vingtaine de mètres pour 3,5 de large, il était animé par un six cylindres Deutz, identique à ceux qui équipaient les chars d’assaut. Durant une quarantaine d’années, il sillonna la rade poussant les charges plus qu’il ne les tirait. Et c’est par la mer qu’il rejoignit la terre en 1989, posé sur un ber, la rouille rongeant sa solitude. Après de multiples tentatives de restauration, celle menée par Marc Lefebvre, président de l’association des Amis du Laborieux forte de près de 500 membres, est la bonne. Entouré d’une équipe aux compétences complémentaires (chaudronniers, électriciens, bureau d’étude…), cet ancien chef d’entreprise (Metalunox) passé également par les Chantiers a mis son énergie et quelques fonds propres pour réveiller le Laborieux. « Il ne s’agit pas de le remettre à flots mais plutôt dans un état esthétique le plus proche de l’origine. L’an dernier nous avons compté 2450 heures de travail. Ce bateau appartient aux Seynois alors nous faisons travailler les entreprises locales et menons des partenariats comme celui avec le lycée Langevin pour la réalisation à l’identique du roof machine, cheminée et prises d’air. Nous sommes également soutenus par la Ville et sommes en contact régulier avec Christelle Lachaud, adjointe au Patrimoine ». Le moteur a été retiré, nettoyé, repeint et remis en place. En septembre prochain, la coque sera achevée, et le roof arrière en octobre. En décembre, Langevin livrera sa copie et on espère un Laborieux pimpant sur ses cales pour l’été prochain. En attendant, il est fortement recommandé de discuter sur le site avec ces passionnés qui transforment le fer de l’oubli en or de la mémoire.

*En référence aux mousquetaires et surtout « mousquemers» que le Nouveau Balaguier évoque à travers ses expositions et animations autour de l’historique de la découverte des fonds sous-marins.

Le chantier de réfection du Laborieux, anse de Balaguier (texte et photos Jean-Christophe Vila)

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