Quartier emblématique de La Seyne-sur-Mer, Tamaris est imprégné d’une riche histoire, où la vision de Michel Pacha se mêle aux épreuves familiales et aux bouleversements sociaux. C’est à travers les yeux de Martin Grange, passionné d’Histoire et guide de l’office du Tourisme, que ce passé se dévoile. Grâce à ses visites guidées, les curieux peuvent (re)découvrir l’âme de ce territoire, entre beauté naturelle et événements marquants, qui ont façonné le paysage tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Un ruban de mer, un projet visionnaire : la corniche Pacha

À la fin du XIXᵉ siècle, Michel Pacha, capitaine de navire devenu riche grâce à son rôle de directeur des phares de l’Empire Ottoman, choisit Tamaris pour réaliser son rêve : créer une station balnéaire de luxe. Grâce à sa fortune acquise en développant un réseau de feux maritimes financé par un système novateur de droits de navigation, il réussit à bâtir un château et à transformer Tamaris en un lieu de villégiature exclusif, réservé à la haute société. Inspiré par les côtes du Bosphore, où il avait vécu, Pacha aménage une corniche sinueuse, en parfaite harmonie avec le paysage. Contrairement à la rigueur des angles droits de Paris, il opte pour des courbes fluides, permettant à la corniche de se fondre avec la mer. Ce projet ambitieux, composé de villas cossues et de jardins somptueux, tranche nettement avec l’agitation des chantiers navals de la ville.
Dans ce contexte, une rumeur persiste : du côté de Tamaris, on dit que certains habitants de la Seyne, opposés à l’élite, auraient introduit des fourmis rouges dans les plantations de Pacha pour nuire à la beauté de ses jardins. Cette histoire, mentionnée dans les rapports des années 1920, fait état de plaintes concernant l’invasion de ces insectes nuisibles. Martin Grange, souligne que Michel Pacha est en réalité le seul à avoir fait venir des plantations de Turquie, d’où ces fourmis rouges sont originaires. L’homme précise que cette rumeur, bien que fondée sur des faits réels, reflète surtout les tensions entre deux mondes qui s’ignoraient, et les rituels sociaux bien distincts qui les séparaient.

Qu’importe, Michel Pacha parvient à attirer la haute société et des personnalités comme les frères Lumière et Gustave Eiffel. Le casino, véritable centre de la vie mondaine, est un lieu où l’on dîne, fume des cigares, boit des spiritueux et assiste à des spectacles.
Le château de Pacha, qui se trouvait autrefois face au port du Manteau, a disparu, remplacé par des résidences modernes. Cependant, plusieurs témoins de cette époque subsistent, comme le kiosque, la chapelle, la maison du gardien et les rocailles, ces décors de pierre caractéristiques du XIXᵉ siècle, qui sont encore visibles dans la région.

Depuis la route, les façades orientalisantes captent immédiatement l’attention, mais en montant dans les rues, on découvre un éclectisme fascinant : des influences italiennes, des chalets alpins et des maisons aux accents méditerranéens. Si les villas de Pacha existent encore, la famille s’en est progressivement séparée. Seule la maison offerte à son cocher reste habitée par ses descendants.
La Villa Tamaris : un rêve architectural brisé par le destin

Édifiée à partir de 1890, la Villa Tamaris devait devenir la pièce maîtresse du domaine de Michel Pacha à La Seyne-sur-Mer. Avec ses 3 700 m², cette demeure s’inscrit dans l’éclectisme architectural typique de la fin du XIXᵉ siècle, mêlant influences méditerranéennes, toscanes et orientales. Conçue pour être un « palais », la villa reflète l’ambition de Pacha de créer un lieu de prestige. Cependant, ce rêve de grandeur est rapidement interrompu.
En 1893, alors que l’extérieur de la villa est achevé, l’intérieur reste en chantier. Car cette même année, un drame bouleverse l’histoire de la famille Pacha. Augustine‑Élodie, l’épouse de Michel Pacha, est assassinée au cimetière de Sanary, alors qu’elle se rendait sur la tombe de leurs enfants disparus. Par ailleurs, leur fille Amélie, morte à l’âge de 17 ans, était connue pour sa mélancolie. La rumeur locale raconte qu’elle s’était éprise d’un ouvrier italien rencontré sur un chantier à Marseille, mais qu’elle avait été séparée de lui. Leur fils Alfred, quant à lui, est assassiné à 39 ans. Ces tragédies laissèrent la villa dans un état d’inachèvement, figée dans le temps.
La villa, restée longtemps abandonnée, fut finalement réhabilitée en 1991 par la Ville de La Seyne-sur-Mer. En 1995, elle est ouverte au public en tant que centre d’art contemporain, offrant ainsi une seconde vie à ce lieu empreint de drame et d’histoire.
Tamaris : La station balnéaire visionnaire qui s’éteint doucement

Après la mort de Michel Pacha en 1907, Tamaris, qu’il avait imaginée comme une station balnéaire prestigieuse, commence à perdre de son éclat. La Première Guerre mondiale précipite cette chute, détournant une clientèle bourgeoise et artistique déjà en quête de nouveaux horizons. Ce qui avait fait le succès de Tamaris à la fin du XIXᵉ siècle, ses villas somptueuses, ses jardins luxuriants et son architecture éclectique mêlant influences orientales, méditerranéennes et toscanes, se transforma en un handicap. On lui reprochait son manque d’unité, alors que la mode des stations balnéaires homogènes prenait de l’ampleur.

Surtout, les attentes des estivants évoluèrent : on ne venait plus seulement admirer la rade, mais on recherchait des plages et des bains de mer. Le centre d’attraction se déplace donc vers les Sablettes, avec son sable fin et ses plages idéales pour les bains de mer. L’ironie de l’histoire réside dans le fait que Michel Pacha avait anticipé ce mouvement. Dès 1894, il fait édifier le Grand Hôtel des Sablettes, un luxueux établissement en bord de mer. Visionnaire jusqu’au bout, Pacha avait-il pressenti que la Méditerranée serait désormais autant vécue dans la baignade que dans la contemplation ?
À découvrir avec Martin Grange pour plus d’anecdotes

Martin Grange, passionné d’Histoire et guide pour l’Office du Tourisme, vous invite à découvrir ces lieux chargés d’histoire à travers ses visites guidées. Depuis son enfance, où il se rêvait archéologue à la recherche de trésors enfouis, il n’a cessé de nourrir sa passion pour l’Histoire et la découverte des secrets du passé. Aujourd’hui, il partage ses connaissances et ses découvertes avec les visiteurs, leur offrant une immersion unique dans le patrimoine local. “J’ai toujours été fasciné par l’architecture, les fortifications et les petites histoires qui échappent souvent aux livres. Chaque lieu, chaque ruine, raconte une histoire”, explique-t-il.

À Tamaris, une “ bocca di leone ” est encore visible sur l’ancien bureau de poste : Michel Pacha l’avait voulue en référence à l’Italie, où ces ouvertures servaient de boîtes aux lettres pour les “ denunce segrete ”, les dénonciations anonymes.
Martin Grange propose également d’autres visites guidées passionnantes, telles que celles du Hameau des Sablettes et de “La Seyne au fil du temps”, permettant de découvrir davantage les richesses historiques et culturelles de la région.





