Maison Françoise-Giroud : conférence de Nathalie Rocailleux sur les violences intrafamiliales

Nathalie Rocailleux, psychologue clinicienne, neuropsychologue et fondatrice de la Maison des victimes Françoise-Giroud a donné une conférence mardi 25 novembre sur “Les effets des violences conjugales sur les enfants et la criminalité du territoire”. Depuis son ouverture en juin 2021 au 46 avenue du Docteur Mazen, 774 personnes qui ont subi des violences intra-familiales (dont 11 hommes) ont été mises à l’abri, protégées et accompagnées dans leurs démarches juridiques et sociales par les intervenants de la Maison Françoise-Giroud.

“Ici vous offrez un lieu sûr, humain et confidentiel, où chaque femme peut trouver de l’aide, du soutien juridique, psychologique et social. Les professionnels et les bénévoles qui y œuvrent sont souvent les premiers à entendre la détresse de celles qui décident de dire “stop !”. La Ville de La Seyne-sur-Mer est fière de vous soutenir. En vous soutenant, nous soutenons la dignité, la reconstruction, la vie.” C’est ainsi que le maire Joseph Minniti présentait la Maison régionale des victimes de violences intrafamiliales après avoir assisté à la conférence de Nathalie Rocailleux, psychologue clinicienne, neuropsychologue et fondatrice de la Maison Françoise-Giroud. Pour cette conférence intitulée “Les effets des violences conjugales sur les enfants et la criminalité du territoire”, l’auditoire était à 90% féminin.

Un Bataclan chaque année

Avant d’évoquer cette conférence éclairante sur l’état des lieux des violences intrafamiliales dans notre région, et mieux que des mots pour qualifier les maux, les chiffres sont bien plus éloquents. Glaçants même. Navrants s’il en est :

  • Avec 152 femmes mortes dans la sphère familiale en 2025 (et l’année n’est hélas, pas terminée), c’est “un Bataclan chaque année”, déplore Nathalie Rocailleux
  • Avec 11 féminicides par an en moyenne dans le Var, “on est dans un département noir, en bas du classement mondial”
  • 80% de la charge mentale du quotidien et de la survie des enfants reposent encore sur les femmes
  • 80% des parents dont les enfants sont placés à l’ASE (Aide sociale à l’enfance) ont eux-mêmes subi des violences quand ils étaient enfants
  • 774 personnes qui ont subi des violences intrafamiliales (dont 11 hommes) ont été mises à l’abri, protégées et aidées dans leurs démarches policières, juridiques et sociales par les équipes de la Maison Françoise-Giroud depuis son ouverture en juin 2021
  • 80% des féminicides se déroulent au domicile
  • 61% des familles françaises sont monoparentales : “la précarité est hélas le moteur de la violence intrafamiliale et de celle exercée sur les enfants”
  • 147 femmes ont été équipées d’un Bouton mon shérif par la Maison Françoise-Giroud depuis son ouverture et, 78 en sont équipées actuellement
  • 80 : c’est “le nombre insuffisant” de Téléphones grave danger qui sont mis à la disposition de la justice dans le Var
  • 770 femmes en moyenne se donnent la mort chaque année en France “parce qu’elles n’ont pas osé parler des violences qu’elles subissent”

Terrorisme domestique

“Derrière les chiffres, il y a des épouses, des sœurs, des mères…” Avec une vingtaine de Maisons des victimes dans la Région, force est de constater que “c’est un succès”, constate Nathalie Rocailleux, avec amertume. Et d’enfoncer le clou en dévoilant que “dans le Var, toutes les violences baissent sauf les violences intrafamiliales”. Pour protéger les victimes et les mettre à l’abri très vite, la Maison Françoise-Giroud a passé un partenariat avec le groupe immobilier Foncia. But : protéger la victime avant la fin de la garde à vue de l’agresseur (ou l’agresseuse). Car “les plaintes sont prises certes, mais mal prises. Et ça découle souvent sur un non-lieu”.

Pour l’enfant qui vit au cœur des violences, c’est la double, voire la triple peine. “Quand un enfant a peur, il n’est plus en paix. Un cerveau qui a peur est un cerveau qui n’apprend plus. Les violences subies auront des conséquences sur l’adulte qu’il deviendra. Le foyer d’un enfant doit être son refuge. Les violences qu’il y subit entraînent une modification de son lobe frontal, celui qui gère, entre autres, les relations avec autrui. On parle ici de terrorisme domestique car l’enfant ne produit plus que du cortisol (l’hormone du stress) et de l’adrénaline. Il ne produit plus de sérotonine (l’hormone du bonheur). À l’adolescence, la drogue vient souvent compenser cette perte totale de sérotonine. Les enfants sont victimes d’une logique qu’il va falloir enrayer. Les filles s’en sortent mieux, pourquoi ? Car le regard qu’on porte sur les garçons est différent : on les virilise. Ils n’ont pas le droit de pleurer, de s’émouvoir.”

Virilité toxique

“Quand on entend des femmes qui subissent des viols conjugaux minimiser les crimes commis par leurs conjoints et dire : “C’est mon mari. C’est mon devoir conjugal”, je réponds “que le devoir conjugal n’existe pas, que la législation française n’a jamais admis cette notion. Et, surtout, que vous êtes la seule à décider si vous souhaitez un rapport sexuel ou non. La loi modifiant la définition pénale du viol et des agressions sexuelles en y intégrant le non consentement de la victime, a d’ailleurs été votée le 6 novembre dernier. Enfin !”

Et Nathalie Rocailleux de conclure avec gravité : “Il est temps d’enseigner l’empathie à nos enfants. Il est temps d’enseigner aux garçons le respect des femmes. En finir avec la virilité toxique qui fait des ravages et mène tout droit au masculinisme. Il n’y a rien de plus viril qu’un homme qui assume ses émotions !”

Maison des victimes Françoise-Giroud : 46 avenue du Docteur Mazen Tél : 04 94 30 62 39
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