Présentée cette semaine en présence de Marie-France Philipon, adjointe à la culture (ci-contre), cette rétrospective fait ressurgir une page marquante de l’histoire locale et de l’enfance seynoise.
« Tout a commencé avec l’acquisition du fonds Chabert par la Ville en 2023 », explique Alan Virot, responsable du service des archives. « Nous avons récupéré plus de 3 500 photographies prises dans les colonies. Très vite, nous avons constaté que les Seynois étaient nombreux à vouloir retrouver des souvenirs de leur enfance.»
Les archivistes se lancent alors dans un vaste travail de collecte. Aux clichés du fonds Chabert viennent s’ajouter les photographies conservées dans les archives municipales ainsi que les documents confiés par les habitants. Résultat : plus de 7 000 photographies sont aujourd’hui conservées et numérisées.
Quand les colonies représentaient le seul départ de l’année

L’exposition rappelle une réalité parfois oubliée. Dans la France de l’après-guerre, partir en vacances n’a rien d’une évidence. Le rationnement vient tout juste de disparaître et de nombreuses familles ouvrières ne quittent jamais leur région.
Pour des milliers d’enfants seynois, les colonies constituent alors une première ouverture sur le monde. Les premiers séjours sont organisés dès la fin des années 1940 dans des écoles ou bâtiments mis à disposition à Digne-les-Bains, Embrun ou encore Apinac.
Les archives révèlent aussi une anecdote savoureuse. Dans certains villages d’accueil, l’arrivée de ces groupes d’enfants venus d’une ville ouvrière du littoral suscite parfois quelques réticences. Les panneaux de l’exposition évoquent ainsi « l’animosité à peine voilée des locaux » qui voient débarquer ces jeunes Seynois « aussi rouges que laïcs ».
Des châteaux pour accueillir les enfants
Face au succès grandissant des séjours, la municipalité investit rapidement dans ses propres structures. En 1954, elle loue un premier centre à Bellecombe, en Isère. Les conditions restent sommaires. Une partie des enfants dort sous de grandes tentes collectives et les bâtiments sont encore rudimentaires.
Quelques années plus tard, La Seyne franchit un nouveau cap avec l’acquisition de ses propres colonies à commencer par Presles en 1957. Puis vient le château de La Motte-les-Bains en 1962. Le domaine impressionne : 120 fenêtres, près de 4 500 m² de bâtiments et plusieurs hectares de parc. D’autres sites complètent progressivement le dispositif, comme Le Touvet (1957) ou Saint-Bernard-du-Touvet (1972). À leur arrivée, les jeunes vacanciers découvrent un véritable petit village. Chaque colonie possède sa direction, ses cuisiniers, ses lingères, ses infirmières et ses animateurs.
À Gréoux-les-Bains, la colonie des FCM au château Laval dispose même de son propre potager. Les légumes servis aux enfants sont cultivés directement sur le domaine.
Quarante-cinq jours loin de la maison
L’une des particularités de l’époque surprend aujourd’hui : la durée des séjours. Les enfants peuvent partir jusqu’à quarante-cinq jours. Les plus jeunes n’ont parfois que six ans lorsqu’ils déposent leurs valises à la Bourse du Travail avant d’embarquer pour plusieurs semaines loin de leurs parents.
Les journées s’organisent autour des randonnées, des baignades, des jeux et des veillées. Le courrier devient alors un lien précieux avec la famille. Certains attendent les cartes postales, d’autres les colis remplis de douceurs envoyés depuis La Seyne. Au Touvet, de nombreux enfants découvrent même la neige pour la première fois.
Près de 40 000 enfants concernés

Dans les années 80, les coûts d’entretien augmentent et les normes se durcissent. Les colonies municipales ferment progressivement leurs portes. Selon les archives municipales, près de 40 000 jeunes Seynois auront fréquenté les colonies de vacances en plus de quarante années d’activité.
Heureusement, dès la fin des années 70 et jusqu’à aujourd’hui, le service municipal de la Jeunesse propose de nouvelles offres. Des séjours sportifs, culturels et itinérants se développent. Les jeunes Seynois partent découvrir Paris, la Corse, la Grèce ou encore le volcan Stromboli.
Aujourd’hui, ces souvenirs sont accessibles à tous grâce aux milliers de photographies conservées par les Archives municipales. Deux postes informatiques à la Maison du Patrimoine permettent d’ailleurs aux visiteurs de poursuivre leurs recherches sur place.
De quoi retrouver, au détour d’une image, un camarade oublié, un moniteur ou simplement un morceau de son enfance.





