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Retour sur les cérémonies de commémoration de la Libération de La Seyne

Les traditionnelles cérémonies de commémoration des 82 ans de la Libération de La Seyne ont commencé par le dépôt de gerbes en l’honneur des trois policiers seynois fusillés le 21 août 1944 par les troupes allemandes au poste de police de La Seyne-sur-Mer après y avoir hissé un drapeau français. Puis, le défilé accompagné des véhicules anciens de l’association seynoise GMC (Group Military Conservation) a attiré les foules sur le port. Enfin, le maire Dorian Munoz, les élus du Conseil municipal et le public ont également assisté à la cérémonie au monument aux Morts, accompagnée par les musiciens du Bagad de Saint-Mandrier.

Le discours du maire, Dorian Munoz :

“Nous sommes réunis aujourd’hui pour honorer une date qui appartient à jamais à notre mémoire collective : le 26 août 1944, jour où La Seyne-sur-Mer retrouva enfin la liberté après quatre longues années d’occupation. Cette journée ne fut pas seulement une victoire militaire. Elle fut l’aboutissement d’un immense sacrifice humain, d’un combat pour la dignité et d’une espérance que rien n’avait pu éteindre. Mais à l’été 1944, notre ville est meurtrie.

Les deux tiers de la population ont fui les bombardements et les privations. La Seyne n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les bombardements alliés du 29 avril 1944 ont causé la mort de 130 personnes. Ceux du 11 juillet ont plongé la ville dans une tragédie supplémentaire : 92 femmes, hommes et enfants périssent étouffés ou écrasés dans l’émissaire communal où ils avaient cherché refuge.

Ces victimes étaient innocentes. Elles nous rappellent que la guerre frappe toujours les civils avec une violence aveugle et que la liberté a souvent un prix terrible.

Puis vient le 15 août 1944. Les Alliés débarquent sur les côtes de Provence. L’espérance renaît. Mais les combats s’intensifient.

Le 17 août, dans un ultime acte de destruction, les troupes allemandes sabotent le chantier naval de la Seyne, détruisent les quais du port, anéantissent un outil industriel qui faisait depuis des générations la fierté de notre ville. Lorsque les armes se taisent enfin, 73 % de La Seyne est sinistrée. Les maisons sont détruites. Les infrastructures sont en ruines. Le pain manque. L’eau, les vivres, les médicaments deviennent rares. Et pourtant, au milieu de ces ruines, l’espérance ne meurt jamais. Elle s’exprime parfois avec une audace extraordinaire.

Le 21 août, un drapeau tricolore est hissé trop tôt à une fenêtre du commissariat de police, en haut du marché. Ce geste de liberté provoque une fusillade au cours de laquelle 3 policiers perdent la vie.

Ils avaient choisi leur camp… Celui de la France ! Leur sacrifice demeure inscrit dans l’histoire de notre ville. Puis vient enfin cette journée du 26 août 1944.

À 17 heures, La Seyne est libérée par les soldats de la 9ᵉ Division d’Infanterie Coloniale, appartenant à la Première Armée française du général Jean de Lattre de Tassigny.

Après tant de souffrances, les cloches peuvent sonner à nouveau. Les drapeaux français fleurissent aux fenêtres. Les habitants sortent des caves et des abris. Ils acclament ceux qui arrivent. Ils acclament la France retrouvée. Parmi ces libérateurs figurent les soldats de l’Armée d’Afrique. Pieds noirs d’Afrique du Nord, tirailleurs algériens, marocains, tunisiens, goumiers, tirailleurs sénégalais venus de toute l’Afrique occidentale, ils combattent ensemble sous le même drapeau. Leur courage est immense. Leur sacrifice est immense. Lors de la libération de Toulon et de La Seyne, l’armée française compte près de 2 700 tués ou blessés.

Le 6ᵉ Régiment de Tirailleurs Sénégalais, du général Raoul Salan, engagé dans les combats les plus difficiles, perd à lui seul 124 soldats européens et 463 soldats africains. Ces hommes sont venus de plusieurs continents pour rendre la liberté à une terre qui était devenue la leur parce qu’elle était celle de la France.

Ils nous rappellent que notre République s’est reconstruite grâce à l’engagement de femmes et d’hommes de toutes les origines, unis par un même idéal de liberté. Mais la Libération ne serait pas complète si nous oublions celles et ceux qui, dans l’ombre, avaient refusé la soumission.

Je pense aux femmes et aux hommes de la Résistance. À ces Français ordinaires devenus des héros extraordinaires. À ceux qui distribuaient des tracts, renseignaient les Alliés, cachaient des armes, organisaient les sabotages, recueillaient des aviateurs, imprimaient des journaux clandestins.

Chaque acte de résistance était un acte de courage. Chaque geste pouvait coûter la vie.

Ils avaient compris qu’il n’existe aucune fatalité lorsque la liberté est en jeu. Les Forces Françaises de l’Intérieur, les réseaux clandestins, les résistants anonymes ont préparé le terrain de la Libération. Ils furent les éclaireurs de la France renaissante. Et au-dessus de cette France résistante se dressait une voix. Une voix qui refusait la défaite. Une voix qui refusait la résignation.

Cette voix était celle du général De Gaulle. Depuis Londres puis Alger, il affirma sans relâche que la France n’avait jamais cessé le combat. Il redonna au peuple français sa confiance, son honneur et son unité.

Grâce à lui, grâce aux résistants, grâce aux soldats de la France Libre, grâce à l’Armée d’Afrique, notre pays revint parmi les nations victorieuses, non comme un pays libéré par d’autres, mais comme une nation qui avait participé à sa propre délivrance.

Voilà la grandeur de la France. Une France qui ne renonce jamais. Une France qui trouve toujours dans ses enfants la force de relever la tête lorsque tout semble perdu.

Aujourd’hui, notre devoir est de transmettre cette mémoire. Pour rappeler aux nouvelles générations que la liberté, la démocratie et la paix ne sont jamais acquises. Elles se défendent. Elles se construisent. Elles se transmettent.

La Seyne-sur-Mer porte encore dans ses rues, dans ses monuments, dans son histoire, les cicatrices de cette guerre. Mais elle porte aussi l’héritage de celles et ceux qui l’ont relevée pierre après pierre, famille après famille. C’est cette force de reconstruction qui fait l’identité de notre ville. C’est cette fidélité aux valeurs républicaines qui nous rassemble aujourd’hui.

En ce jour de mémoire, inclinons-nous devant toutes les victimes civiles. Honorons les résistants. Honorons les soldats de la Première Armée française. Honorons les combattants de l’Armée d’Afrique. Honorons tous ceux qui ont offert leur jeunesse, leur courage et souvent leur vie afin que flotte de nouveau, ici, le drapeau tricolore.

Parce que leur victoire est devenue notre héritage. Parce que leur sacrifice est devenu notre responsabilité. Parce que la France demeure grande lorsqu’elle reste fidèle à son histoire, à sa République et à son idéal de liberté.

Vive la mémoire de la Résistance ! Vive la République ! Et vive la France !”

Étaient présents à cette cérémonie :

  • Le commandant de Police nationale Bernard Garcia
  • Frédéric Boccaletti, député-maire de Six-Fours-Les-Plages
  • Le capitaine de vaisseau Alain Marais, président du Comité de Coordination des Associations d’Anciens Combattants et Victimes de Guerre
  • Le contre-amiral Arnaud Tranchant commandant la base de défense de Toulon et adjoint au commandant de l’arrondissement maritime Méditerranée
  • Le commandant Michel Blanc chef de centre d’incendie et de secours à La Seyne-sur-Mer.

 

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